Commençons en laissant un peu de côté notre sérieux avec un petit quizz à double choix en vidéo.

Le principe, j’ai raconté le contexte du festival, avec des anecdotes à un ami qui ne connait pas le festival. Il a ensuite imaginé des questions à double choix et me les a transmises. Je ne les ai ouvertes qu’une fois que la caméra tournait.

Sinon, sous la vidéo, vous découvrirez une interview un peu plus académique portant principalement sur mes motivations.

Salut Cyril, comment connais-tu l’association « Chauffer dans la noirceur » ?

En fait, en 2013 je suis arrivé à Coutances pour un nouveau travail d’éducateur dans un centre d’hébérgement pour hommes à Coutances. Je ne connaissais personne et j’étais habitué à la vie culturelle. Je venais de passer 5 années à Caen. J’ai d’abord été correspondant de presse mais cela ne me suffisait pas. J’ai donc commencé à être bénévole dans tous les festivals autour de Coutances. « Chauffer » est de loin celui qui m’a le plus plût. Pour son ambiance déjà, mais aussi pour le rôle que j’y ai tenu : à l’accueil artistes, dans la casquette du chauffeur. A ce poste on est au coeur de l’organisation et on croise souvent les salariés et les membres organisateurs de l’association. Ainsi j’ai vite pu voir et ressentir l’adn de l’asso. Ce que j’ai aimé aussi c’est qu’on peut toujours s’investir dans l’asso, toujours plus loin, et que l’on m’a donné la possibilité de le faire. Je me sens utile quand je vais à Chauffer et je crois que c’est ce qui me plaît le plus. 

Tu postules au poste de chargé de communication et d’administration pour l’association « Chauffer dans la noirceur ». On va d’abord voir ce que tu connais de l’association. Que peux-tu nous dire sur elle ?

Alors ce que je crois savoir de la génèse du festival c’est qu’il y avait une bande de copains dans les années 90 qui vivaient vers Montmartin-sur-mer et qui étaient musiciens. En venant souvent sur le site ils se sont dit que l’endroit serait génial pour y faire la fête. L’idée est née comme ça. Parmi eux il y avait des Québécois et ils ont repris l’expression de chez eux « Chauffer dans la noirceur  » (conduire – faire la fête – toute la nuit) pour donner son nom au festival et ensuite à l’association fondée pour le faire vivre.

Les festival a deux grandes valeurs qu’il défend :

  • l’eco-responsabilité. Il est situé sur une zone protégée par le conservatoire du littoral. Et mène des actions en ce sens : achat de produits locaux, tri sélectif des déchets, toilettes sèches, gratuité des transports en commun, supports de communication « verts », gobelets consignés, distribution de mégots-box, sensibilisation du public
  • Une programmation originale qui ne s’impose aucune limite. Il est souvent en avance sur son temps puisque beaucoup d’artistes programmés qui ont eu par la suite du succès ne l’avaient pas encore lors de leur passage sur le festival. 

Il y a bien sur le festival principal au mois de juillet mais l’association ce n’est pas QUE ça. C’est tout d’abord d’autres rendez-vous pour qu’il y ait une saison culturelle aux couleurs du festival toute l’année. Quatre en tout : « Faut que ça chauffe » au mois de mars, « Fauché » dans la noirceur » en juin, sorte de pré-festival pour rassembler les bénévoles pour le mois suivant, « Les demoiselles en campagne » au mois d’Octobre (festival féminin) & « Réveillons-nous » la veille de la Saint-sylvestre.

L’association ne s’arrête pas là, elle gère une salle de répétition à Coutances pour les groupes émergents. Propose un atelier théâtre toute l’année, propose à la location des toilettes sèches (le service « Copeaux dans la noirceur »), et enfin l’association a même carrément crée son label et sert en clair d’agence pour des chanteurs atypiques qu’elle découvre.

Et toi, là-dedans, qu’es-ce qui te plaît et que penses-tu pouvoir apporter sur ce poste à l’asso ?

Lorsque j’étais simplement bénévole, je m’investissais à fond. Je sais donc que là, même salarié, je viendrais tous les matins avec le même état d’esprit. La rémunération est suffisante pour vivre et ce n’est pas la seule chose que je cherche dans un travail. Sinon, je serais déjà posé depuis longtemps puisque j’ai eu de belles opportunités comme chef de projet, coordinateur ou travailleur social. Je suis resté à ces postes un certains temps mais j’ai toujours fini par mettre un stop car je recherche plus. Je ne suis pas intéressé par trop d’argent ni par une ascension sociale par le statut. Mes ambitions concernent plutôt la multiplication des rencontres, la qualité relations sociales, la créativité et m’enrichir d’un environnement culturel. Pour moi c’est là qu’est la richesse. Harvard l’a prouvé d’ailleurs sur une longue étude sur le bonheur commencée il y a 75 ans sur plus de 700 personnes et ils en ont trouvé le secret : ce n’est ni l’argent, ni la popularité, c’est la qualité des relations sociales qui fait le bonheur. 

Si tu veux être heureux ne cherche pas à gonfler ton compte en banque ou être la personne la plus impressionnante ou la plus connue. En réalité, tu seras vraiment heureux si les gens autour de toi apprécient ta compagnie, si tu leur a suffisamment donné pour qu’ils te donnent en retour. Quelqu’un d’heureux, c’est quelqu’un qui s’endort le soir en sachant que répertoire de son téléphone est rempli de plus d’une centaine de contact et qu’il peut appeler n’importe lequel d’entre eux pour un problème à 4 heures du matin.  C’est lui, le véritable homme le plus riche de la planète. Et ça, on semble tous l’avoir oublié. 

Et pour obtenir cela. Il faut donner cela aux autres. Je suis donc dans cette réflexion : comment donner encore plus, comment travailler sur moi pour cela. Ce développement personnel n’a jamais de fin. Non seulement le poste est un terrain idéal pour travailler cela, mais en plus l’association bénéficiera directement des progrès que je ferais pour tout ce qui concerne la communication et la coordination.

Voici donc ce qui me plaît dans le poste, c’est qu’il est clé dans l’organisation de l’asso. Il faut s’assurer d’être un référent organisationnel au courant de tout, ou même s’il ne l’est pas forcément pour une question précise qu’il sache au moins ou chercher l’information. Ce qui implique de communiquer un maximum et de s’intéresser à tous les interlocuteurs et à tous les acteurs. 

Le poste proposé permet aussi de tuer l’ennui. Je me suis souvent ennuyé à l’école et au travail. Là ce qui me plaît c’est que j’aurai certainement toujours quelque chose à faire. Cela à l’air d’être dense, et c’est ce que je cherche. 

Enfin, je pourrais toucher au web, ainsi qu’aux logiciels du type « suite adobe » et ça j’adore (comme vous avez pu le remarquer avec cette candidature), puisque cela motive ma créativité. 

Ton meilleur souvenir à Chauffer ? Ta meilleure expérience ?

Il y en a eu plusieurs. Notamment le binôme formé avec Nathalie à l’accueil artistes. J’ai toujours trouvé que l’on travaillais en très bonne intelligence. Sinon je me souviendrais longtemps des rencontres avec Kenny Arkana et Abd-el Malik. J’étais à une place privilégiée en étant chauffeur. C’est vraiment chouette d’avoir des moments intimes avec des gens comme ça. Il ne sont plus sur scène, ils sont totalement eux-mêmes sur le siège passager. Nous avons pu parler de choses qu’ils n’aborderaient pas dans le cadre festif du festival. Tu leur prête ton portable pour qu’ils appellent leur proches, il te parlent de leur vie. C’est carrément chouette.

Mais le meilleur souvenir, s’il ne fallait en garder qu’un, c’est l’accueil de Nina Hagen. J’adore raconter cette anecdote. Je me suis senti un peu ridicule, mais c’était tellement drôle !

Le tourneur de Nina Hagen, comme elle-même, était Allemand. Dans les échanges de mail, qui étaient rédigés en Anglais, il nous demande comme seule condition qu’elle soit transportée par nos soins depuis son hôtel en… « limousin ». Nous avons donc compris « Limousine ».

Ok, comme le client chez Carrefour, à l’accueil artistes de Chauffer, l’artiste est roi. Sauf qu’une limousine avec notre budget et surtout autour de Montmartin-sur-mer, ça ne court pas les rues. Nous avons donc trouvé la solution chez la gentillesse du papa d’un des membres du service communication de chauffer, qui collectionne les belles voitures. Ce papa super cool m’a prêté une magnifique jaguar au design élancé pour transporter l’artiste Germanique. De mon côté, j’ai épluché ma garde robe pour avoir l’air d’un vrai chauffeur de limousine digne de ce nom.

Sauf qu’à son arrivée, Nina n’a pas vraiment compris ce zèle, car ce n’est pas du tout l’image qu’elle veut donner d’elle. Même après une brillante carrière, elle veut rester simple et ne pas bénéficier de faveurs. Elle n’est pas du tout, mais pas du tout, branchée « caprices de star » et me dit qu’elle n’avait jamais demandé cela. Et que la transporter dans cette voiture était tout simplement ridicule.

Alors d’où vient l’imbroglio ?

De la traduction. Tout simplement. En réalité, pour des raisons simplement logistiques, le tourneur nous demandais simplement une voiture avec 5 portes. Sauf que nous, appelons cela une Berline. Mais chez eux, étant donné que « Berlin » (qui se prononce « Berline ») est leur capitale, pour ne pas confondre ils n’emploient pas ce mot. Mais le mot… Limousine.

Cyril bihel, interviewé par lui-même. Juillet 2019.